Qu'est ce qui nous fait gagner du temps

Le guide H2G2 m'a appris qu'il existait une planète dont les habitants bipèdes vivaient tranquillement en dominant les autres espèces, un peu comme sur Terre, jusqu'au jour où toutes les entreprises se prirent de passion pour la production de chaussures.

Cela ne se produit pas du jour au lendemain, mais l'emballement fut tel, que tous les secteurs de l'économie devienrent lié de près ou de loin aux chaussures. L'engoument prit de plus en plus de place dans tous les systèmes de production, les investissement de plus en plus grands, les autres secteurs se réduirent au point de se reconvertir puis de déchanter un peu plus tard, quand ils ne furent pas asphyxiés faute d'investisseurs qui n'avaient plus d'yeux que pour les derniers modèles de chaussures à la mode. On recommandait à tout le monde de racheter des chaussures, d'en essayer d'autres modèles, de prendre des abonnements, même certains qui ne permettaient pas de se déplacer mais qui étaient si incroyablement bien faits qu'on allait rater quelque chose à ne pas y toucher. La progression fut vertigineuse, les habitudes et les métiers changés, certains disparurent, d'autres apparurent, le commerce du tourisme à pied gagna des adeptes, des croyances, une adoration religieuse sembla se faire. L'emballement pris fin lorsque plus personne ne trouva à manger dans les supermarchés, que les agriculteurs ne pouvaient plus s'occuper des champs ou transporter la nourriture, que les métiers de soin se réduirent suffisamment pour que les maladies se répandirent, que la production d'énergie n'était pas suffisante pour alimenter en eau les réseaux. La population disparut entièrement en quelques mois, mais elle avait fait des chaussures remarquables. Cependant aucun autre animal de cette planète ne pouvait les porter, ils étaient probablement trop bêtes pour remarquer la beauté des choses là où elle se trouve, eux qui vécurent encore après cela pendant des millions d'années.

Vous voyez probablement le lien avec les constructions de data center et les injonctions sacrées et béates depuis quelques années envers tout ce qui ressemble à de la génération de texte. Il faudrait tout faire avec des produits liés à des chatbot parce que c'est trop bien et ça fait gagner du temps.

Je ne suis absolument pas convaincu que je gagne du temps en utilisant des LLM pour coder des choses, bien que certains donnent des résultats vraiment meilleurs que d'autres. J'ai pu faire quelques GUI, des scripts qui vont moissonner de la donnée à moult endroits pour OpenEventDataBase, rendus ensuite visibles et modifiables sur vibrisse.fr. Paralléliser des développements est plus rapide que les faire en séquence, mais vous allez comprendre pourquoi on ne peut pas parler de gain de temps. Il est très facile de produire de la merde et de ne pas s'en rendre compte. Et peut être que dans votre métier, produire de la merde n'a aucune conséquence, pas dans mes activités, et encore moins dans mes activités bénévoles.

Si l'IAgen permettait de réels gains de temps, on peut supposer que les métiers du soin permettraient de faire mieux leur boulot, ou les associations de faire bien plus avec toujours aussi peu de moyens. Mais, ça alors, ce n'est pas ce qui arrive.

Si vous développez déjà des choses depuis un certain temps, vous êtes au courant que le métier de dev et son fun ne consistent pas uniquement à pisser du code jetable. Le temps du métier de dev, comme je le racontais ailleurs, c'est des échanges, de la prise d'informations, des discussions, gérer des crises, planifier pour ne pas avoir de crises, faire du déminage de choses absurdes, se déplacer, plaider sa cause, se coordonner avec d'autres personnes et des procédures, faire du shadow IT, – séduire les bonnes personnes – comprendre les jeux politiques et placer ses pions, attendre que l'on ait les bons accès, jeter des bouteilles à la mer, et surtout faire des choses qui n'ont rien à voir avec le métier de dev…

On le voit dans certains rapports, très peu d'entreprises gagnent vraiment des bénéfices supplémentaires à utiliser des LLM, 4% aux dernières nouvelles https://www.usinenouvelle.com/editorial/utiliser-l-ia-est-un-avantage-significatif-pour-seulement-4-des-entreprises.N2232398 , alors que les pertes sont massives pour 96% des entreprises, et que les constructions de data center créent des conflits d'usage d'eau potable qui engendrent des maladies et des morts, aggravent grandement l'impact humain sur le réchauffement climatique, et merdifient de nombreux métiers existants, mais aussi contribuent à faire disparaître la connaissance existante en détruisant des livres https://fr.euronews.com/culture/2026/08/05/projet-panama-anthropic-detruit-en-secret-des-millions-de-livres-pour-entrainer-son-ia , et amenuisent les moyens de construire la connaissance en mettant à genoux les serveurs par du spam incessant de requêtes au lieu d'utiliser des archives faites pour ça, ce qui défonce une interface essentielle du projet OpenStreetMap, et innonde les sites web de textes creux.

Oh et avec la notion de concurrence dans tous les sens, des moyens et des ressources immenses sont gaspillés pour faire à peu près la même chose plusieurs fois par an, dans des tas d'endroits différents. Alors que mettre en commun des choses en contribuant de façon ouverte et sous licence libre rendrait déjà tout ça moins idiot, et demanderait considérablement moins de cash. C'est un premier indice qui montre que faire les choses de la façon la plus pérenne et "pour que l'humanité bénéficie" du truc est du foutage de gueule massif. Ça et les anthropomorphisations à foison.

C'est la raison invoquée pour mettre des LLM à tout va, pour tout et n'importe vraiment quoi: gagner du temps et faire des choses moins pénibles. Mais pour bien comprendre le prétexte, il faut se poser la bonne question: de quel temps parle-on, comparé à quelle utilisation, et quel est le gain réel?

On gagne du temps quand on comprend qu'il n'y a pas que les résultats qui importent (et pas que dans les papiers scientifiques où la procédure et la reproductibilité sont cruciales, le coup du dev "ça marche chez moi" on le connaît) et que non seulement il faut lire toutes les questions dans un examen, l'important ce n'est pas de régurgiter quelques mots clés, c'est aussi qu'il faut comprendre ce qu'on raconte et être en mesure de faire nos propres choix, contrairement à des soldats dont on attend qu'ils obéissent aux exigences les plus inhumaines et meurent pour notre bon plaisir.

On gagne du temps quand on utilise un index dans une base de données au lieu d'espérer qu'une vectorisation de morceaux de mots voisins nous donnera un résultat compréhensible. On gagne du temps quand on sait retrouver un fichier même si son raccourci sur le bureau a été déplacé. On gagne du temps quand on est pas obligés de perdre trois heures tous les jours dans des déplacements pour ensuite faire la même chose que l'on pourrait faire chez soi ou dans un endroit plus agréable qu'un bureau surchauffé. On gagne du temps quand notre espérance de vie n'est pas réduite à néant par l'arrivée au pouvoir de gens qui trouvaient que l'esclavage et les campagnes d'assassinat tribal c'était le bon temps. On gagne du temps quand on fait une étude avant de réaliser un projet, que l'on produit des mesures et qu'on les comprend. On gagne du temps quand on ne fait pas d'investissement sur des conseils totalement pétés, parce que le temps c'est aussi de l'argent que parfois il faut aller chercher en plus.

On gagne du temps quand on n'a pas a réaliser des tâches absurdes, comme des rapports que personne ne lit, ou que l'on creuse dix fois un trou pour le reboucher au lieu de se coordonner entre différents artisans.

On gagne du temps quand on essaaie pas de convaincre des gens à des endroits où seule une idéologie a droit de s'exprimer et où tout le reste doit être détruit, insulté, sali, comme sur certains réseaux sociaux, ou sur certains plateaux télé.

On gagne du temps quand on ne se lance pas à faire des projets qui n'apportent aucun bien à l'humanité à quelque échelle de temps que ce soit, que l'on sait avant de passer des mois ou des années à les faire que la production de ces projets n'est qu'une bulle d'évaporation. Qu'on ne doit pas d'avantage travailler pour gagner des revenus dont on pourrait se passer si on mettait en commun nos ressources avec d'autres personnes, ou si on apprenait à comparer les choses, les réparer, que l'on obligeait les fabricants à ne pas produire de la merde, que l'on cessait d'immenses gaspillages. On gagne du temps quand on prévient les risques de maladies en finançant la recherche sur les vaccins, les médicaments, le dépistage. On gagne du temps quand on fait en sorte que les personnes les plus vulnérables ne meurent pas au premier coup de vent, à la première canicule. On gagne du temps quand on fait en sorte que les habitations soient utilisables pour tout le monde, pas seulement les personnes qui ont eu le plus de privilèges à la naissance.

On gagne du temps quand on met d'avantage de moyens pour faire en sorte que les humains subviennent à 100% de leurs besoins de base, plutôt que de mettre bien d'avantage de moyens pour être certain que cela n'arrive jamais.

On gagne du temps quand on donne des moyens à l'éducation et au vivre ensemble, plutôt que de le perdre à réparer les dégâts du manque d'éducation.

On gagne du temps quand on partage le savoir, les données ouvertes, que l'on favorise les échanges d'informations, que l'on s'inspire des écrits déjà mûrement éprouvés du passé, au lieu de favoriser le bruit et les blocages sous prétexte que c'est pour faire du business et pour protéger les auteurs. La propriété intellectuelle est responsable de la disparition par faute de conservation, de restauration, et de reproduction de beaucoup d'oeuvres. Il était estimé que 95% des oeuvres musicales et cinématographiques avaient disparu depuis 1900.

Commettre des meurtres est un business bien réel, est-ce pour autant souhaitable de transformer toutes les activités vers ce genre de commerce? Les IA génératives n'ont pas encore démontré que mettre des générateurs de texte partout permettait de supprimer des boulots pénibles et dangereux, améliorer les conditions de travail, redistribuer les richesses, faire respecter les droits des travailleurs, empêcher de nuire les dictateurs, supprimer la faim dans le monde, électrifier et décarboner les usages.

Bref, pour gagner du temps ou vivre mieux, c'est pas gagné. Il va falloir compter sur d'autres façons de faire.

Faire en commun au lieu de juste en parler?

initialisation d'emacs

Tester une configuration pour rendre shiny and chrome votre station de lancement de texte et du reste peut sembler compliqué, mais ça se fait très bien en indiquant à emacs quel fichier de démarrage utiliser.

Pour apprendre à ajouter progressivement des fonctionnalités afin de faire d'Emacs un outil moderne sans trucs bizarres de partout, j'ai fait un petit dépôt avec des démos de fichiers de config progressives. https://source.cipherbliss.com/tykayn/emacs-init

Vous pouvez vous amuser à faire un thème pour vos fichiers textes Emacs avec ce générateur de config en elisp qui vous permet de voir en direct ce que donnent les couleurs sélectionnées, et passer d'un thème à un autre avec un raccourci personnalisé. https://source.cipherbliss.com/tykayn/emacs-theming/media/branch/main/gallery/interface-editeur.png

Ma config est par ici: https://source.cipherbliss.com/tykayn/scripts/src/branch/master/assets/org/config.org

On a besoin d'UX dans les projets libres

On a encore et toujours besoin d'UX designers dans les projets libres, mais est ce que quand on est deisgner qui veut participer, on est bien accueilli?

Il semble qu'il existe un choc des cultures entre les gens qui font du code et les autres, en plus d'avoir un énorme déséquilibre du nombre de gens de chaque sorte: beaucoup plus de codeurs que de designers.

Les rares personnes qui font du design et veulent contribuer au libre témoignent se prendre des murs en essayant de discuter, certains devs racontent quant à eux que les gens qui font du design les prennent de haut, et ne veulent pas s'adapter aux outils (surtout les espaces de discussion et les forges logicielles, les devs exigent rarement qu'on se passe d'Indesign ou Illustrator) qui permettent à des gens divers qui font du code de façon différente chacun de pouvoir se rejoindre.

J'avais aussi en hypothèse que les gens avec une culture graphique importante sont tellement biberonnés aux produits Adobe et Apple qu'ils sont formés (après le bac) à être éloignés de la culture du logiciel libre, et aussi que car ce sont plus souvent des femmes, ce sont des personnes qui ont moins de temps libre, moins de pognon pour compenser le temps libre utilisé à ne pas faire de tâches rémunérées en supplément, et moins d'énergie à consacrer à des activités bénévoles dans un milieu éloigné de leur formation. Les barrières à la contribution bénévoles se cumulent et on manque beaucoup de gens pour abaisser et faire disparaître ces barrières.

La dernière fois que j'en ai causé avec des gens sur Mastodon c'était un peu avant Noël 2025, et il y avait quasiment tous les gens qui font du design / graphisme / UX/UI que l'on connaît parce qu'on les croise dans les évènements et les espaces numériques libristes, soit à peu près 10 personnes.

J'ai lancé un appel pour rémunérer un UX Dsigner pour un ou deux projets il y a quelques jours, et sur mastodon c'est l'endroit où j'ai pu contacter le plus de gens du métier, soit 4 personnes, mais c'est déjà pas mal de boulot avant le boulot car c'est la première fois que je n'aurai pas de designer en tant que collègue :D Et je n'ai pas encore pu toutes et tous leur répondre ou m'entretenir avec.

C'est pas évident et il ne semble pas y avoir de recette miracle. Pour avoir tenté de faire des ponts entre pas mal d'assos pour savoir comment on pourrait les aider avec ce qu'on sait faire, je ne peux que constater que l'environnement social est super compliqué à ouvrir, même quand on ne fait pas offense aux gens ou qu'on évite de prétendre connaître leurs activités. Les bulles dans lesquelles on est enfermé sont mal connues, et faire avancer n'importe quelle cause demande aussi des privilèges.

Pour combler ce manque entre deux typologies de personnes, le collectif des Designers Éhiques s'est intéressé au sujet: https://designersethiques.org/fr

Mastodon a lancé des ateliers et a payé des studios de graphistes et ux design, mais il faut parler Anglais pour suivre tout ça. Et vous savez probablement que les gens francophones sont globalement incapable de suivre et converser dans d'autres langues, même pour de l'Anglais qui reste la porte d'entrée à l'internationalisation.

Sur Mastodon j'avais remarqué que pour les contributions on retrouve quelques obstacles principaux:

  • Difficulté d'échanger à distance de façon détendue
  • Gros égos qui méprisent les gens qui ne comprennent pas leur compétence ou qui se sentent obligés d'occuper tout l'espace vocal pour dire des choses que les autres savent déjà; ou ne savent pas mais qui ne font que gaspiller le temps des autres.
  • Profils plus souvent mal à l'aise pour résoudre les conflits dans le milieu libriste (abrasive guys everywhere)
  • Manque d'attractivité des actions bénévoles pour les designers, plus que pour les profils techniques
  • Crispation autour de l'utilisation de forge logicielle pour les designers, alors que je ne suis vraiment pas convaincu que ce soit un passage obligatoire pour toute personne souhaitant participer à un projet libre. Les canaux de discussion instantanée, un forum, et des rencontres en live avec des gens capables de désamorcer les incompréhensions (sans prendre les gens de haut) sont de très bons moyens de faire vivre une communauté de gens.
  • Avoir des gens qui se font propre avant de rencontrer les autres en live, c'est quand même bien si on veut éviter de les faire fuir. On rigole et tout mais je vous jure que ce n'est pas encore une évidence pour tout le monde et que ça n'est pas spécifique à ce que les clichés sur les devs sous entendent. C'est pareil partout.

Y'a deux personnes qui tiennent un blog en ligne et a qui j'ai recommandé il ya fort longtemps d'améliorer son aspect visuel parce que quand même, c'est super intéressant ce qu'ils y racontent, mais si on saigne des yeux ou qu'on doit utiliser un lecteur de flux rss pour pouvoir lire c'est quand même hyper dommage:

  • Jean Marc Jancovici
  • Stéphane Bortzmeyer

Hébien, Jancoco a changé son site, Bortzy non, et devinez qui est mondialement connu du grand public :D

J'ai aussi lancé un appel à prestation rémunérée pour OSM Mon Commerce et ai trouvé sur Mastodon, par mes contacts de la fédé des pros d'OSM et sur le net plusieurs recommandations de designers. Moi qui ne connaissais parmi les libristes qui pratiquent leur métier en lien avec le libre que Geoffrey Dorne, Stéphanie Walter, Marie cécile godwin paccard, Maiwann, j'ai été ravi de pouvoir initier quelque chose avec d'autres.

J'ai bien sûr des contacts de gens qui font de l'UX Design dans les missions que j'ai réalisé au cours des 12 dernières années avec CipherBliss, mais ceux ci étaient quasiment à chaque fois totalement étrangers à la culture libriste et ne s'y intéressaient généralement pas. Un ou deux me disaient trouver ça cool et connaître ce que fait Framasoft, mais le reste, néant.

Quelques autres pistes :

lightning talk parking land, suivre les aménagements vélo dans OSM

Souhaitons nous vivre dans un parking? Quels sont les objectifs de réduction de l'artificialisation des sols pour les 25 prochaines années? J'ai développé Parking Land pour y voir plus clair et l'ai présenté lors des conférences éclair en début de la journée OSM et Territoires de Brest que nous avions organisé avec la fédération des pros d'OSM.

Les sources de parking-land: https://source.cipherbliss.com/tykayn/parking-land

Brest à accueilli la Rencontre OpenStreetMap et territoires 2026 https://fposm.fr/brest-a-accueilli-la-rencontre-openstreetmap-et-territoires-2026

Voir la vidéo sur peertube: https://peertube.openstreetmap.fr/w/2WK3QuM8L3sLPewGKNX2xy

Chaine vidéo de la fédé des pros d'OpenStreetMap: https://peertube.openstreetmap.fr/a/fposm/video-channels

Quelques années d'Emacs

Si vous cherchez ma configuration, vous en trouverez une copie en ligne ici: https://source.cipherbliss.com/tykayn/scripts/src/branch/master/assets/org/config.org C'est fou comme le temps passe vite, on est en 2026 et j'ai commencé ce texte en 2022. Petit retour d'expérience.

Comment je suis tombé dans ce traquenard en 2021 ?

La faute de passages dans des GULLs, dans le Chapril, et suite à la lecture de quelques articles parlant d'orgmode, dont celui de Madix sur la méthode GTD dans le mode Orgmode d'Emacs. Je m'y suis intéressé en entant parler d'orgmode qui semblait faire des choses intéressantes rapidement en matière de gestiondeprojet et prise de notes.

Ainsi parla Cpm. J'étais moyen convaincu, mais c'était le moment de tester, je n'ai pas grand chose à perdre, surtout qu'avec les confinements à répétitions on a le temps de rester chez soi à lire des trucs. Enfin, quand on a des enfants autonomes qui ne nous foutent pas la misère, hein :D

J'ai fini par installer le bouzin avec un simple coup de ligne de commande et snap, la version apt n'était pas assez récente pour les tutos que j'avais lu chez Snapcraft.

snap install emacs --classic

Lire des documentations, des posts de blog, chercher des captures d'écran de ce qu'on peut obtenir comme résultat, voir des vidéos live entièrement faites avec, et tenter de commencer par un objectif pas trop méchant: écrire des posts de blog avec, et faire la migration de ma gestion de projets anciennement avec plein d'outils différents et du Getting Things Gnome vers des fichiers Orgmode. Surtout un seul fichier org pour commencer: tasks.org.

Après quelques essais tout bêtes je me lance dans la migration de mon gestionnaire de tâches existant qui contient environ 350 trucs que je comptais faire ou tout du moins songer à réfléchir à des choses sur ce qu'évoque la tâche, accumulés depuis quelques années. Un petit script plus tard, je peux extraire les tâches de Getting Things Gnome et de sa base de données en XML. Je récupère une bibliothèque qui parse du xml, j'en fais un objet en javascript, puis je le range et écris un fichier texte selon le format des tâches d'Orgmode. Après quelques ajustements j'ai donc un bon gros fichier de près de 300 tâches dans un seul fichier Org.

Une vitesse d'action incroyable

Ça dépote quand on change nos notes de trucs à faire, tout est local et en format de texte simple. C'est tout simplement le moyen le plus rapide de gérer ses tâches.

Je saisis de quoi noter des choses à faire ou des notes de réunion avec une simple suite de touches, et avec un raccourci pour sauvegarder le tout c'est placé à un endroit qui fait sens dans mes fichiers d'organisation, et je peux continuer à utiliser l'éditeur de texte comme avant, le tout juste au clavier avec les raccourcis que je veux.

La personnalisation à foison

En listant moult posts de blogs et des configurations partagées par d'autres, j'ai fini par comprendre quelques trucs. Le tas de gens francophones sur Mastodon est assez utilisateur de ce genre de chose et toujours volontaire pour filer un coup de main. Je découvrai d'ailleurs qu'il existe des évènements dédiés à Emacs et Orgmode, que des tas de gens partagent leurs connaissances autour de ça, et qu'il existe des gens mordus de "self quantification" qui concurrencent Google quant à la collection des choses qu'ils mesurent sur leur propre activité.

C'est bien plus vaste qu'un simple éditeur de texte, c'est tout un Operating System. C'est tout un language de programmation embarqué dans un éditeur de texte, donc ce que peut faire le language, qui est plutôt bas niveau, on peut le faire en ayant cette interface d'éditeur de texte. L'avantage d'une interface minimale c'est aussi sa grande rapidité. Emacs signifiant Editing Macros, je peux attacher n'importe quelle maquereau à un raccourci clavier. #passionTraduction

Relier ses idées avec un wiki personnel

J'utilisais Zettlr pour faire un wiki personnel, j'ai converti tous ces fichiers markdown au fur et à mesure.

Choses choquantes au départ

Il y a fort longtemps, quand j'avais 15 ans, j'ai eu mes premières rencontres avec les logiciels permettant d'éditer du texte. J'ai écrit et codé des choses avec Notepad++, Frontpage, puis Netbeans, qui se rapproche beaucoup plus d'un Environnement de Développement Intégré moderne que ce qu'on voit la première fois qu'on ouvre Emacs et son fameux tutoriel super long qui n'explique pas les subtilités de son propre jargon. Quelle agression la première fois qu'on ouvre Emacs. Les typos moches, l'interface, beaucoup de choses manquantes que l'on retrouve dans n'importe quel logiciel libre permettant d'éditer du texte, notamment le très bon "Gedit" que l'on trouve sur Ubuntu de base:

  • un menu pour ouvrir les fichiers récents
  • des marges autour du texte
  • les frames qui apparaissent sans que je comprenne comment elles se placent là où elles se placent.
  • Pas d'explorateur de fichiers intégré et visible
  • Le fonctionnement des frames
  • des raccourcis clavier super chelou, bien plus que 10 à apprendre pour avoir une utilisation fluide
  • une doc qui décrit des touches qui n'existent plus depuis 30 ans sur les claviers
  • une config rangée curieusement
  • un language de programmation de plus à comprendre pour ne serait-ce que changer la police du texte
  • un système de plugin inhabituel
  • aucune aide visuelle pour les débutants
  • plein de raccourcis clavier qwerty dignes de 1970 à apprendre
  1. Vocabulaire à la noix

    Emacs jargon    Traduction moderne
    M-x     Alt + x
    C-x     Ctrl + x
    Frame       Fenêtre Emacs
    Window      Split/zone
    Buffer  Bloc de texte/données contigus
    Point   Position du curseur dans le buffer
    Active Region   Texte sélectionné
    Region  Plage de texte (pas surlignée par la sélection, qui se fait avec Ctrl+Espace)
    Face    Propriétés de police, couleur et affichage
    

    More batteries included with emacs | Karthinks

Choix de thème

Https://emacsthemes.com/ Mettre dans la config le nom du thème. Après plusieurs essais de configuration j'ai opté pour la méthode Straight.el qui permet de déclarer les paquets et de documenter la configuration dans un fichier Org, traduit et interprêté au démarrage.

Comment j'organise le contenu de mes tâches et de mon wiki

Un seul fichier pour les notes c'est bien. Mais je ne suis pas toujours devant un ordi, j'utilise donc du papier et mon ordiphone avec les notes de Nextcloud pour prendre notre d'idées qui apparaissent forcément à des moments où mon attention n'est pas captive. Ça me permet de les reporter ensuite dans ma liste de tâches. J'ai aussi des évènements dans mon agenda partagé avec ma moitié.

Je fais des révisions de mes tâches pas tous les jours mais presque, et de temps à autre des révisions de toutes mes tâches avec une vue personnalisée d'Agenda Orgmode.

J'utilise Org Roam pour relier plein de textes, et sa très sympathique interface en noeuds de réseau graphique: org-roam-ui. Si je dédiais des temps à des thématiques, je pourrai opérer vraiment des projets et les faire avancer d'avantage. Par exemple, me dire que "tel Lundi je le consacre à la glandouille, tel Jeudi à des choses hors ligne comme du sport, telle suite de jours je supprime les moyens de me contacter de façon rapide", définir des "gros galets" avec un créneau par semaine pour m'y consacrer, comme le "rendez-vous des tâches importantes" de l'April le Mercredi à 10h.

Ce qui m'importe c'est d'arriver à faire des choses par grappe, à ne pas oublier des choses importantes, à me motiver à sortir de la routine, prendre le temps de faire des choses plaisantes et à vraiment clarifier mes réflexions.

Où trouver de l'aide

A une tonne d'endroits, il existe d'ailleurs des gens qui font de la recherche académique ou qui écrivent des livres avec cet éditeur, alors qu'ils ne codent pas du tout.

  • Le forum Emacs Doctor
  • Dans des conférences de Pas Sage En Seine
  • Sur invidious, proxy client à Youtube
  • En demandant sur Mastodon
  • Des canaux de discussion IRC / Matrix / XMPP
  • Le wiki Emacs
  • Le blog de Karl Voilt
  • Le blog de Sacha Chua
  • Aux gens qui disent GNU plus Linux
  • Vous pouvez me contacter de plusieurs façons aussi: https://www.cipherbliss.com/contact

Emacs est bien plus de choses qu'un simple éditeur de texte personnalisable, c'est quasiment un système d'exploitation de plus dans votre ordinateur, riche d'outils et d'une communauté qui a su lui faire traverser les âges. Certains s'en servent pour tout et n'importe quoi, et c'est tout le fun du truc.

D'autres utilisent neovim pour faire cela, et comme on peut tout personnaliser c'est assez vite tentant de tester des choses, cependant si on ne sait pas comment débugguer ça n'est pas évident de trouver ce qui fait tout péter.

C'est ce qui me sert à rédiger des tas de choses et à gérer mes projets, mais pas mes mots de passe. J'ai envisagé de l'utiliser comme IDE mais ça reste une configuration pas évidente pour retrouver ses habitudes de développement. Essayer un autre outil permet aussi de questionner son rapport aux habitudes que l'on prend à cause des outils précédents, et à quel point ceux-ci nous enferment dans des habitudes que l'on a pas choisir. Avec Emacs vous avez bien plus la main sur le résultat que dans n'importe quel IDE, y compris dans des environnements serveur headless. Je suis content d'avoir pu essayer plein de choses en m'inspirant des autres avec un simple copier coller de config et un relancement de programme. J'ai supprimé au fur et à mesure des packages dont je ne me servais pas, j'ai fouillé mes habitudes de raccourcis pris avec Netbeans il y a 20 ans de cela pour voir comment les remettre dans Emacs, et je me sers principalement de fichiers Org pour la gestion de mes tâches au quotidien, reliées sur mon mobile Android par Orgzly.

Commencez petit et vous verrez que vous n'avez pas besoin d'une configuration de ouf à rallonge pour faire votre café.

Havez fun!