parlez vous le bullshit couramment?

Savoir évaluer le niveau technique de l’interlocuteur quand on lui parle d’une chose complexe doit faire partie des qualités que l’on attend d’une personne experte dans un domaine quel qu’il soit.

Si une personne persiste à vous abreuver de termes invraisemblables dignes du chinois, il est fort possible que ce soit dans le but de vous embrouiller et de vous faire comprendre que vous n’êtes pas en mesure de comprendre, afin que vous lui fassiez aveuglément confiance.
On retrouve ce phénomène de parler le bullshit dans tous les charlatanismes du monde.
utiliser des balises abbr et des ancres HTML, utiliser des tooltip, des titres sur les liens, ajouter des légendes aux images, citer ses sources, tout cela est très facile quand on écrit du texte affiché sur une page web. Mais c’est une autre paire de manches lorsqu’il s’agit de communication orale, plus encore lorsque le sens du discours est intentionnellement caché.

Du jargon d’entreprise, aux privates jokes en passant par la langue de bois politique, les expressions et les acronymes, il y a de quoi en paumer du monde en chemin.

Nous avons choisi un language qui était si obscur, si peu informatif et pourtant si précis, que nous avons pu cacher en plein jour ce que nous faisions. Personne ne pouvait comprendre ce dont on parlait à part le président du conseil.

-c’était écrit de façon délibérée pour être ainsi?

-précisément.

Ce n’est pas accidentel ou parce qu’ils sont stupides. C’est souvent confus et vague intentionnellement. Certains des plus grands scandales de corruption dans l’histoire se sont produits grâce à du jargon. Voici des gens qui cherchent à lutter contre cela: The Plain Language Movement (qui n’est pas un mouvement) http://www.plainlanguage.gov/whatisPL…  Et pour le fun, le générateur de jargon d’entreprise d’Andrew Davidson http://www.andrewdavidson.com/gibberish/ 

(et d’autres sources dans la description de la vidéo)

Ce qui est fort c’est que la précision masque le contenu vague de l’énoncé, c’est toute la magie de la pirouette linguistique.

Pour faire face à ce fléau, il convient de varier son vocabulaire et de le rendre accessible. De parler avec des mots courants, simples, basiques, de faire des phrases pas trop longues.

Apprendre l’autodéfense face à la langue de bois.

Ça tombe bien, si vous n’avez pas lu Bourdieu ou Huxley et que vous êtes plutôt branché vidéo vous pouvez faire un tour chez le Stagirite .

C’est un bûcheron de la langue de bois qui explique très clairement certaines pirouettes de langage qui se moquent continuellement des petites gens:

  • Dire que l’on doit « faire de la pédagogie » c’est renier toute contestation en infantilisant son adversaire.
  • On se dédouane de nos choix politiques lorsque l’on dit que telle chose « n’a pas vocation » à faire ou être ce que l’on ne veut pas qu’elle soit.
  • « Assumer » une faute, quand on est une personne de pouvoir, ça peut vouloir dire qu’on a bien compris qu’on a commis une faute mais qu’on est au dessus des lois et qu’on ne sera donc pas sanctionné donc on s’en fout, lâchez moi (la thug life).
  • Le dialogue social n’est pas un dialogue, mais un jeu de pouvoir entre des agents aux forces très asymétriques.
  • L’opinion publique est une abstraction qui n’a aucune représentativité dans le monde réel, surtout quand on est en mesure de s’acheter la direction d’un groupe de médias.
  • Dire que les « Français veulent que » est nécessairement biaisé.
  • La démocratie est continue dans le temps et doit nécessairement présenter un contre pouvoir, peu importe ce qui a été élu.
  • Les différents visages de la langue de bois pour se foutre de la gueule du monde en ayant l’air sérieux: se cacher derrière son petit doigt, occuper le temps de parole pour gagner en visibilité, parler pour ne rien dire – mais pour gagner du temps et éviter de répondre- noyer le poisson, dire poliment que l’on emmerde la justice.

Mesurer la lisibilié d’un texte, c’est possible, avec la carte Kiwi

formule de Flesch Kincaid

Les communications officielles des compagnies les plus impliquées dans des scandales ont des scores moyens autour de 20 points, les autres sont plus proches de 42.

Si vous êtes branchés data mining, vous serez ravi de pouvoir évaluer vos écrits par le score de lisibilité de Flesch-Kincaid. Plus le score est haut (100), plus le texte est compréhensible, et inversement, plus il est bas, plus il est obscur et ultra relou à suivre.

   Score Sens
90.0 – 100.0 Facilement compris par un élève de 11 ans
60.0 – 70.0 Facilement compris par des élèves de 13 à 15 ans
0.0 – 30.0 Mieux compris par des diplômés d’université

En dessous de 30, un texte est considéré comme très confus. Certains livres de droit vont jusqu’à un impressionnant score de -6 points.

Comme pour beaucoup de choses, il y a une lib en JS pour ça. Et si vous voulez un bingo des arguments pourris, j’ai créé FromageJS, mis à disposition sur mon Github.

Vous pouvez soumettre vos textes aussi sur plusieurs services en ligne. Par exemple, le texte de cet article (avant cette ligne) mis sur www.scolarius.com dans la catégorie article/nouvelles obtient un score de 98 points contre une moyenne de 130 points habituels pour ce genre de texte. L’échelle sur ce site n’est pas la même que le score de Flesch Kincaid, chez scolarius, plus le score est bas, plus c’est facile à comprendre.

Je ne dis pas que mes articles sont les plus faciles à saisir pour Madame Michu, surtout quand il s’agit de monnaie chiffrée et de language informatique et autres choses open source. mais vous voyez, j’assume donc c’est bon!

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